Pollution des stands de tir : enjeux sanitaires, environnementaux et solutions d’assainissement en Suisse
- mdonnini6
- 14 janv.
- 6 min de lecture

Les stands de tir font aujourd’hui partie des sites pollués prioritaires en Suisse. À l’échelle nationale, environ 4 000 sites de tir sont inscrits dans les cadastres cantonaux des sites pollués, en raison de l’utilisation historique et répétée de munitions à base de plomb. Au fil des décennies, plusieurs dizaines de milliers de tonnes de plomb et d’antimoine se sont accumulées dans les sols, principalement au niveau des buttes pare-balles. Malgré les évolutions techniques, on estime qu’environ 100 tonnes de plomb et plusieurs tonnes d’antimoine sont encore tirées chaque année.
Cette situation entraîne une pollution durable des sols, une contamination potentielle des eaux souterraines et de surface, ainsi qu’une exposition au plomb présentant des risques avérés pour la santé humaine et l’environnement. Lorsque les émissions issues de pare-balles pollués menacent les biens à protéger comme les sols, l'eaux ou la santé, des mesures d’assainissement doivent être mises en œuvre.
Qu’il s’agisse de tir sportif, de tir aux armes à feu, de petit calibre, d’armes à air comprimé ou d’installations anciennes, l’impact environnemental des stands de tir est aujourd’hui bien documenté. Leur gestion est strictement encadrée par la loi sur la protection de l’environnement (LPE), l’ordonnance sur les sites pollués (OSites) et les dispositifs d’accompagnement de la Confédération, notamment via l’OTAS. Les pare-balles en terre font ainsi l’objet d’assainissements ciblés, tandis que les installations encore exploitées sont progressivement équipées de systèmes pare-balles modernes, conformes à l’état de la technique, permettant de réduire durablement les émissions polluantes.
Pourquoi les stands de tir sont-ils fortement polluants ?
Accumulation de tonnes de plomb dans les buttes de tir
La pratique du tir repose historiquement sur l’utilisation de munitions au plomb, de grenailles de plomb ou de grenaille de plomb. À chaque mise à feu, les projectiles quittant la bouche du canon viennent s’accumuler dans les buttes de tir, les pare-balles ou au fond des zones d’impact.
Sur plusieurs années, cela représente un grand nombre de projectiles, soit des tonnes de plomb concentrées sur une surface et un terrain limités. Avec le temps, ces projectiles se fragmentent, s’oxydent et libèrent des substances nocives dans le sol sous forme de poussières, de particules fines et de composés solubles contenant du plomb.
Migration des polluants vers les sols et les eaux
Le plomb, mais aussi d’autres métaux lourds comme l’antimoine, peuvent migrer :
vers les eaux souterraines,
vers les eaux de surface,
ou contaminer durablement des sols agricoles situés à proximité.
Cette situation est particulièrement dangereuse lorsque les stands de tir sont implantés en zone de protection des eaux, en zone rurale ou périurbaine, avec des conséquences à long terme sur la qualité de l’environnement.
Quels sont les polluants retrouvés dans les stands de tir ?
Les investigations environnementales menées sur les sites pollués liés aux installations de tir mettent en évidence plusieurs familles de polluants :
Plomb (principal polluant, issu des balles et grenailles),
Antimoine, utilisé comme durcisseur dans certaines munitions,
Autres métaux lourds,
Résidus de pigeons d’argile (goudrons, liants anciens),
Particules fines et poussières contaminées.
Ces substances sont reconnues comme nocives pour la santé et l’environnement.

Quels sont les effets de la pollution au plomb sur la santé ?
Exposition au plomb et santé humaine
L’exposition au plomb, même à faible dose, peut entraîner des effets graves sur la santé, notamment :
atteintes du système nerveux,
troubles cognitifs,
effets sur le développement chez l’enfant,
risques accrus pour les personnes exposées de manière chronique.
Les tireurs sportifs, le personnel d’entretien, les moniteurs et les riverains peuvent être exposés lors du port, de la manipulation des armes, ou du nettoyage des installations. Le plomb étant une substance toxique sans seuil de sécurité, toute exposition constitue un risque.
Quels sont les dangers environnementaux des stands de tir ?
La pollution des stands de tir peut entraîner :
une contamination durable des sols,
une atteinte aux eaux souterraines et aux captages,
des impacts sur la biodiversité,
des nuisances environnementales dans des zones habitées.
Sans action, les conséquences peuvent être irréversibles et engager la responsabilité du propriétaire ou de l’exploitant.

Comment mesurer la pollution d’un stand de tir ?
Investigation et analyse environnementale
La mesure de la pollution d’un stand de tir repose sur une investigation environnementale structurée, comprenant :
Une analyse historique de l’installation de tir,
Des prélèvements de sols ciblés dans la zone de tir, les buttes et les zones de dispersion,
Des échantillons analysés en laboratoire pour déterminer la teneur en plomb et autres polluants,
Une évaluation des risques pour l’environnement et la santé.
Les prélèvements ciblent les zones de tir, la ligne de tir, les buttes pare-balles et les zones où des matériaux ont pu être déplacés lors de travaux antérieurs.
Ces analyses sont réalisées par des spécialistes, des bureaux de contrôle et des laboratoires accrédités, selon des méthodes reconnues par les instituts nationaux.
Cadastre des sites pollués et cadre réglementaire
Tout terrain contaminé ou zone polluée par la pratique du tir doit être inscrite au cadastre des sites pollués. Cette inscription est réalisée sous l’autorité du canton, sur la base d’une investigation validée.
Un site peut être :
pollué sans atteinte nuisible,
pollué nécessitant une investigation,
pollué nécessitant un assainissement,
ou placé sous surveillance.
Cette inscription conditionne la suite de la procédure, les restrictions d’usage du domaine, les travaux autorisés et les possibilités d’indemnisation.
Quelles réglementations s’appliquent en Suisse ?
Les stands de tir relèvent de la LPE, de l’OSites, et des directives fédérales.
Selon la situation, les autorités peuvent imposer :
une investigation,
une surveillance,
ou un assainissement obligatoire.
Les communes, sociétés de tir, propriétaires fonciers et autres acteurs sont responsables de la mise en conformité, sous la direction des services cantonaux et de l’OFEV.

Procédure OTAS : coûts et indemnisation
La Confédération participe financièrement aux mesures via l’OTAS. L’aide est accordée sur
demande, instruite par l’OFEV avec le service cantonal.
Les critères portent notamment sur :
l’année de mise en service,
le début des années d’exploitation,
la nature des munitions utilisées,
le respect de l’état de la technique,
le coût global des travaux réalisés.
Une indemnisation pouvant atteindre 40 % peut être accordée pour les mesures conformes aux principes réglementaires suisses.
Quels sont les impacts sur les eaux souterraines ?
Lorsque les stands de tir sont situés en zone de protection des eaux, la contamination peut atteindre les nappes phréatiques. Le plomb et les métaux associés peuvent migrer lentement mais durablement, posant un risque pour :
L’alimentation en eau potable,
Les écosystèmes aquatiques,
Les zones agricoles en aval.
La protection des eaux constitue donc un enjeu central dans la gestion des stands de tir pollués.
Comment assainir un stand de tir pollué ?
Travaux et techniques d’assainissement
Lorsque la pollution est avérée, les travaux peuvent inclure :
excavation et élimination contrôlée des sols contaminés,
lavage des sols pour extraire les fragments de balles,
remise en état des surfaces et du terrain.
Ces opérations de dépollution visent à garantir un état final propre et conforme aux normes.

Quelles munitions sont moins polluantes ?
Alternatives aux munitions au plomb
Pour limiter la pollution à la source, de plus en plus de stands de tir se tournent vers des munitions moins polluantes, telles que :
Munitions Nontox,
Munitions Sintox,
Projectiles sans plomb pour le tir sportif ou le petit calibre.
Ces alternatives réduisent significativement la dispersion de métaux lourds et constituent une mesure de prévention efficace, bien que leur adoption dépende du type d’armes à feu et des pratiques locales.
Que faire face à un stand de tir pollué ?
La gestion d’un stand de tir pollué nécessite une approche globale :
Diagnostic environnemental,
Dialogue avec les autorités cantonales,
Mise en œuvre de travaux d’assainissement adaptés,
Suivi environnemental dans le temps.
L’accompagnement PERLéman
Chez PERLéman, nous accompagnons les communes, collectivités, sociétés de tir, maîtres d’ouvrage et propriétaires fonciers à chaque étape :
conseil réglementaire,
gestion du cadastre,
Notre objectif : sécuriser les sites, maîtriser les risques, anticiper les contraintes réglementaires et garantir la conformité environnementale des installations de tir en Suisse romande.





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