top of page

Investigation préalable des décharges communales en Suisse : pourquoi et comment agir

31 août
10 min de lecture
Ancienne décharge communale à ciel ouvert en pleine forêt, déchets ménagers non contrôlés


Une grande partie des anciennes décharges recensées aujourd'hui en Suisse n'appartiennent pas à des industriels, mais à des communes. Combles remblayées, gravières ou carrières comblées, fonds de vallon utilisés pendant des décennies comme dépotoir municipal, que la collectivité soit un petit village ou une ville de taille moyenne : ces décharges communales sont aujourd'hui inscrites au cadastre cantonal des sites pollués, et leur gestion incombe directement aux exécutifs communaux. Avant tout projet d'assainissement, la première étape obligatoire est l'investigation préalable : une démarche documentaire et de terrain qui permet de savoir ce qu'une commune a réellement sous les pieds.


Cet article s'adresse aux municipaux, secrétaires municipaux et responsables techniques communaux confrontés à une décharge inscrite au cadastre, ou qui découvrent l'existence d'un ancien dépôt sur une parcelle communale à l'occasion d'un projet d'aménagement.


Vous souhaitez investiguer une ancienne décharge ?

Retour sous 24 heures



Pourquoi tant de communes suisses sont concernées


Jusqu'à l'entrée en vigueur de la loi sur la protection de l'environnement (LPE) en 1983, la plupart des communes suisses géraient elles-mêmes l'élimination de leurs déchets ménagers, sans réglementation fédérale contraignante. Une combe, une ancienne gravière, une doline ou un fond de vallon suffisamment à l'écart du village servait de décharge communale : on y déposait pêle-mêle ordures ménagères, gravats de démolition, cendres de chauffage, parfois des résidus d'artisans locaux (garage, tannerie, menuiserie) et des déchets agricoles.


Ces sites n'étaient ni étanchés, ni contrôlés, ni toujours documentés officiellement. Résultat : selon les chiffres de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), la Suisse compte environ 38'000 sites inscrits aux cadastres cantonaux des sites pollués, dont près de 4'000 anciennes décharges présentant un danger avéré et nécessitant un assainissement. Une proportion significative de ces décharges est de nature communale.


Pour une commune, l'enjeu n'est donc pas théorique : à mesure que le territoire se densifie et que d'anciens terrains vagues deviennent des zones à bâtir, des parcs publics ou des jardins familiaux, ces anciennes décharges ressurgissent au moment où on s'y attend le moins.




Comment une commune découvre qu'elle est concernée


Une décharge communale revient généralement à l'attention des autorités de trois manières :


  • Un courrier du service cantonal de l'environnement (DGE-GEODE dans le canton de Vaud, ou son équivalent cantonal) informant que la parcelle est désormais inscrite au cadastre cantonal des sites pollués, sur la base d'une campagne systématique d'identification historique menée par le canton.

  • Un projet de construction, de vente ou de réaffectation : permis de construire, projet de parc, extension d'un cimetière, création d'un jardin potager communal, qui impose une vérification préalable de la qualité du sol.

  • Une découverte fortuite en cours de travaux : des déchets ou une odeur inhabituelle apparaissent lors de terrassements, ce qui déclenche une obligation d'annonce aux autorités dans les meilleurs délais.


Dans les trois cas, la commune, en tant que propriétaire et souvent ancien exploitant du site, se retrouve responsable de la suite de la procédure, même si les dépôts remontent parfois à plusieurs générations d'élus.


Vous souhaitez investiguer une ancienne décharge ?

Retour sous 24 heures



L'impact environnemental d'une décharge communale, et ce qui rend son investigation préalable particulière


L'investigation préalable historique d'une décharge communale suit le même cadre légal que celle d'un site industriel, mais sa mise en œuvre présente des particularités concrètes que nos ingénieurs rencontrent régulièrement sur le terrain.



Des archives souvent lacunaires


Contrairement à une usine ou à un site industriel classique, où des registres d'exploitation, des permis et des rapports techniques existent généralement, une ancienne décharge communale n'a souvent fait l'objet d'aucune autorisation formelle ni d'aucun suivi écrit — d'autant que le cadastre distingue les décharges des aires d'exploitation industrielle et des lieux d'accident, deux autres catégories de sites recensées séparément. Les seules traces disponibles sont parfois des procès-verbaux de séance de conseil communal, de vieux plans cadastraux, ou des photographies aériennes historiques (notamment celles de swisstopo, disponibles sur plusieurs décennies).



La mémoire orale comme source clé


Faute de documents, les témoignages d'anciens employés de la voirie, de gardes forestiers ou d'habitants ayant vécu à proximité deviennent une source d'information déterminante. Cette enquête de terrain permet souvent de préciser la période d'exploitation, la nature des déchets déposés et l'étendue réelle du dépôt.



Une nature de déchets hétérogène


Une décharge communale typique mélange des matériaux très différents : déchets ménagers, gravats, terres de remblai, cendres, boues d'épuration, ferraille, produits chimiques en bidons, et parfois des résidus issus d'anciennes installations ou activités artisanales locales. Cette hétérogénéité complique le choix des méthodes d'investigation technique et rend les résultats d'un sondage ponctuel difficiles à généraliser à l'ensemble du site.



Des risques spécifiques aux décharges


Contrairement à une pollution ponctuelle par hydrocarbures ou solvants, une décharge présente des dangers propres à la dégradation de matières organiques, susceptibles de porter atteinte au sol, à l'air et aux eaux :


  • production de biogaz (méthane, un puissant gaz à effet de serre, et CO₂) par fermentation des déchets organiques, avec un risque d'accumulation dans des espaces confinés et d'inflammation en cas d'incendie ;

  • génération de lixiviats, ces eaux de percolation chargées de polluants qui traversent la masse de déchets et peuvent atteindre les eaux souterraines ou un cours d'eau proche, deux ressources en eau qu'il s'agit de protéger en priorité ;

  • tassements de sol différentiels dans le temps, un enjeu de taille lorsque le site est destiné à accueillir un bâtiment, une place de jeux ou une culture potagère.



Quels polluants peut-on identifier dans une décharge communale ?


Le diagnostic pollution d'une décharge communale vise à identifier la nature exacte des substances enfouies à partir des prélèvements réalisés lors de l'investigation technique. Les décharges anciennes livrent souvent un mélange dont la teneur et la concentration en polluants varient fortement d'un point de prélèvement à l'autre :


  • des métaux lourds (plomb, cuivre, zinc, parfois mercure), provenant de piles, d'appareils électroménagers, de peintures ou de résidus d'ateliers artisanaux ;

  • des hydrocarbures et des produits chimiques issus de bidons ou de résidus d'activités industrielles déposés sans précaution ;

  • dans certains cas, des composés PFAS, notamment lorsque le site a reçu des déchets liés à un exercice incendie (mousses extinctrices) ou à une activité industrielle à proximité.


Ces analyses de laboratoire, complétées sur le terrain par un premier repérage à l'appareil de mesure portable (fluorescence X, utilisé in situ), permettent d'établir un état des lieux fiable du milieu naturel affecté et de déterminer si le site représente une atteinte à l'environnement au sens de la LPE.



Technicien en combinaison de protection réalisant un prélèvement sur une ancienne décharge polluée


Les étapes de l'investigation préalable d'une décharge communale



1. Consultation du cadastre et collecte des archives


Le point de départ est systématiquement la consultation du cadastre cantonal des sites pollués et le rassemblement de tout document communal disponible : plans anciens, comptes rendus de municipalité, archives de la voirie, photographies aériennes multi-époques.



2. Enquête de terrain et recueil de témoignages


Nos ingénieurs interrogent les personnes susceptibles d'avoir connu le site en activité et effectuent une première visite pour repérer les indices visuels : affaissements de terrain, végétation atypique, odeurs, présence de déchets apparents en surface.



3. Repérage géophysique avant les sondages


Sur une décharge, procéder directement à des sondages classiques sans préparation expose à des résultats peu représentatifs, compte tenu de l'hétérogénéité des matériaux. Un repérage géophysique (souvent par méthode électromagnétique ou géoradar), croisé avec les données de géologie et d'hydrogéologie disponibles, permet en amont de délimiter l'emprise réelle du dépôt et sa profondeur approximative, afin de cibler les points de sondage les plus pertinents. Avant tout forage, un repérage des réseaux enterrés (eau, gaz, électricité) reste indispensable pour la sécurité du chantier.



4. Investigation technique complémentaire si nécessaire


Lorsque l'investigation historique révèle un danger potentiel, une investigation technique est engagée : forages et sondages exploratoires, mesures de surveillance du biogaz, mise en place de piézomètres pour surveiller les eaux souterraines en aval hydraulique, et analyses en laboratoire des matériaux prélevés. Cette évaluation de site permet de statuer si le terrain doit être considéré comme un site contaminé au sens de l'OSites.



5. Rapport et proposition de mesures


Le rapport final synthétise l'étendue du dépôt, la nature des déchets identifiés, les résultats analytiques et une proposition de suite : aucune mesure complémentaire, suivi environnemental, investigation technique approfondie, ou engagement direct d'un projet d'assainissement.


Vous souhaitez investiguer une ancienne décharge ?

Retour sous 24 heures



Cadre légal applicable


L'investigation et le suivi des décharges communales s'inscrivent dans le même cadre fédéral que l'ensemble des sites pollués suisses :

Texte légal

Ce qu'il définit pour les décharges

LPE (loi sur la protection de l'environnement)

Principe général d'obligation d'assainir un site représentant une mise en danger pour l'environnement (art. 32c ss.)

OSites (ordonnance sur l'assainissement des sites pollués)

Procédure d'investigation, d'évaluation du besoin d'assainissement et de gestion du cadastre

OLED (ordonnance sur les décharges)

Classification des filières d'élimination selon la nature des déchets

LEaux / OEaux

Protection des eaux souterraines et des eaux de surface contre les lixiviats


Les directives cantonales (par exemple les fiches DGE-GEODE dans le canton de Vaud) précisent le contenu attendu du rapport d'investigation et les seuils déclenchant une investigation technique. Sur le volet financier, l'art. 32d LPE règle spécifiquement la charge des frais entre les personnes à l'origine d'une atteinte au milieu naturel, tandis que l'OFEV agit comme autorité d'exécution pour l'octroi des indemnités OTAS.




Qui paie l'investigation d'une décharge communale ?


C'est souvent la première question posée par les municipaux : qui prend en charge les frais ?

En tant que propriétaire et généralement ancien exploitant, la commune reste en principe responsable du financement de l'investigation préalable. Toutefois, un dispositif de prise en charge partielle existe :


  • La Confédération, via le fonds OTAS, cofinance les mesures d'investigation, de surveillance et d'assainissement de sites pour les anciennes décharges et les sites orphelins à hauteur de 40 % des coûts imputables (art. 32e LPE).

  • Le canton complète fréquemment ce dispositif par une subvention cantonale, elle aussi de l'ordre de 40 % de la part communale restante, selon les législations cantonales (par exemple la LASP dans le canton de Vaud).

  • Le solde reste à la charge de la commune, mais peut dans certains cas être réparti entre plusieurs communes limitrophes ou groupements intercommunaux ayant exploité le même site.


Cette combinaison permet, dans de nombreux dossiers vaudois, de ramener la charge des frais nette communale à une fraction du coût total, qu'il s'agisse des frais d'investigation ou des frais d'assainissement à proprement parler, à condition de suivre la procédure administrative correctement dès la phase d'investigation.




Un cas fréquent : réaffecter le terrain d'une ancienne décharge


Beaucoup de communes souhaitent aujourd'hui redonner une vocation utile à un ancien terrain de dépôt : création d'un parc public, extension d'un cimetière, aménagement de jardins familiaux ou d'un potager communal. Ce type de projet de réaffectation impose une vigilance particulière : les tassements de sol propres aux décharges peuvent fragiliser une construction, et la présence de déchets à faible profondeur peut rendre une culture potagère inadaptée sans mesures correctives (apport de terre saine, membrane de séparation, contrôle analytique préalable des couches superficielles).


Dans ce contexte, l'investigation préalable ne se limite pas à statuer sur la nécessité d'un assainissement complet : elle sert aussi à définir les précautions d'usage compatibles avec le projet communal envisagé, ce qui peut permettre d'éviter un assainissement de site intégral coûteux si le risque est correctement maîtrisé et documenté. Un terrain assaini ou dont le risque a été écarté peut ensuite accueillir son nouvel usage en toute sécurité.




Questions fréquentes des municipalités


Combien coûte une investigation préalable de décharge communale ?

Le coût varie fortement selon la taille du site, la densité des archives disponibles et la nécessité ou non d'une investigation technique complémentaire avec sondages et analyses. Une estimation précise nécessite une première prise de connaissance du dossier cadastral.

Le site passe au statut « pollué, nécessite un assainissement » et un projet d'assainissement doit être élaboré, avec définition des mesures techniques, des filières d'élimination et du financement, avant l'engagement des travaux.

Oui : tant qu'un site a accueilli des déchets, il reste en principe inscrit au cadastre cantonal, même si aucune mesure complémentaire n'est requise. Cette décision revient au service cantonal compétent, et cette inscription conditionne néanmoins les futurs projets de construction ou d'excavation sur la parcelle.

Avant d'engager des travaux sur un terrain inscrit au cadastre, une étude de diagnostic pollution est indispensable : évaluation de site fondée sur l'investigation historique, complétée si besoin de forages et de mesures de surveillance (biogaz, piézomètres). Cette étape conditionne la sécurité du chantier, le choix de la filière d'élimination des matériaux excavés, et se déroule sous la direction d'un ingénieur spécialisé.




Concrètement, que doit faire une municipalité ?


  1. Ne pas attendre le prochain projet de construction pour agir : traiter la question dès l'inscription au cadastre évite les blocages de dernière minute et les surcoûts en phase de chantier.

  2. Mandater un bureau spécialisé comme PERLéman, sur la base d'un cahier des charges clair, pour l'investigation préalable historique qui posera les bases de tout le dossier.

  3. Budgétiser l'investigation en amont, en tenant compte des subventions cantonales et fédérales disponibles, qui doivent en général être sollicitées avant le début des mesures.

  4. Documenter chaque étape : les futurs municipaux hériteront du dossier, et un historique bien tenu facilite considérablement les démarches ultérieures.


Vous souhaitez investiguer une ancienne décharge ?

Retour sous 24 heures



L'expérience de PERLéman auprès des communes vaudoises


Chez PERLéman, bureau d'ingénierie environnementale actif en Suisse romande, nous accompagnons régulièrement des communes du canton de Vaud confrontées à d'anciennes décharges communales inscrites au cadastre : investigation historique, enquête auprès des services communaux et d'anciens employés, repérage géophysique, forages et interface directe avec les services cantonaux (DGE-GEODE, SESA) pour le montage des dossiers de subvention. Cette expertise de terrain nous permet d'anticiper les points de blocage propres aux dépôts communaux anciens, qui diffèrent sensiblement de ceux rencontrés sur une usine ou un site industriel classique.




Conclusion


Une décharge communale inscrite au cadastre cantonal n'est pas une fatalité, mais elle impose une démarche méthodique dès la phase d'investigation préalable. Entre archives lacunaires, mémoire orale à recueillir rapidement, hétérogénéité des déchets et risques spécifiques comme le biogaz ou les lixiviats, cette investigation demande une approche adaptée, distincte de celle utilisée pour un site industriel. Bien menée, et en mobilisant les subventions fédérales et cantonales disponibles, elle permet à une commune de sécuriser son territoire sans que la facture ne devienne un frein à l'action.


Votre commune est concernée par une ancienne décharge inscrite au cadastre ? Contactez notre bureau d'études en environnement pour un accompagnement dès la phase d'investigation préalable.


Pour aller plus loin :



 
 
 

Commentaires


bottom of page