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Construire sur un site pollué : ce qu'impose l'art. 3 OSites

il y a 10 minutes
8 min de lecture
Deux pelles mécaniques excavant des terres sur un vaste chantier de terrassement, avec eau de fouille visible, illustrant la gestion des matériaux d'excavation sur un site pollué


Votre parcelle est inscrite au cadastre des sites pollués et vous préparez un projet de construction : immeuble, villa, agrandissement, halle ou simple terrassement. Bonne nouvelle, il est tout à fait possible de construire sur un site pollué en Suisse. Mais le droit de l'environnement fixe des exigences précises, réunies à l'art. 3 de l'ordonnance sur l'assainissement des sites pollués (OSites).


Ce guide pratique, rédigé par les géologues de PERLéman, bureau d'études actif en Suisse romande, explique ce que la législation exige, les étapes à suivre pour obtenir votre permis de construire, les points de vigilance, les techniques de construction adaptées et les coûts à prévoir.


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Que dit l'art. 3 OSites ? Les obligations légales


L'ordonnance sur l'assainissement des sites pollués est une ordonnance fédérale, en vigueur depuis 1998 et fondée sur la loi sur la protection de l'environnement (LPE). Elle s'applique de la même manière dans toute la Suisse, les cantons étant chargés de son exécution. Sa disposition centrale pour les constructeurs pose une règle simple : un site pollué ne peut être modifié par la création ou la transformation de constructions et d'installations que dans l'un de ces deux cas.

  1. Le site ne nécessite pas d'assainissement et le projet n'en crée pas le besoin. C'est le cas le plus fréquent.

  2. Le projet n'entrave pas de manière considérable un assainissement ultérieur, ou le site est assaini en même temps que les travaux.

Autrement dit, la construction ne doit ni aggraver l'atteinte aux biens à protéger (eaux souterraines, eaux de surface, air, sol), ni rendre plus difficile ou plus coûteuse une future dépollution. Cette règle vaut également pour un site classé « nécessite une surveillance » : le projet ne doit pas faire basculer le site vers un besoin d'assainissement.


Pour l'application pratique de cet article, l'Office fédéral de l'environnement OFEV a publié une aide à l'exécution consacrée aux projets de construction sur des sites pollués. C'est le document de référence des services cantonaux, accessible gratuitement sur le site de la Confédération.



Quels projets sont concernés ?


Toute intervention qui touche le sous-sol d'un site inscrit au cadastre, quelle que soit l'activité passée :


  • construction neuve, transformation ou agrandissement avec excavation ;

  • démolition suivie d'un terrassement ;

  • pose de conduites, parkings souterrains, fondations sur pieux ;

  • forages de sondes géothermiques ;

  • ouvrages d'infiltration des eaux pluviales.


Ces deux derniers cas méritent une attention particulière : un forage ou une infiltration peut créer un chemin direct entre les polluants et la nappe. Sur un site pollué, ils sont souvent refusés ou soumis à des conditions strictes.



Qui doit apporter la preuve ?


Le maître d'ouvrage. Les obligations légales reposent sur lui : c'est à lui de démontrer, par une étude confiée à un spécialiste du domaine, que son aménagement respecte la règle fédérale. L'autorité cantonale vérifie ensuite le dossier avant de délivrer l'autorisation. En pratique, le maître d'ouvrage s'appuie sur son architecte et sur un bureau spécialisé pour la prise en charge de cette démonstration.




Comment construire sur un site inscrit au cadastre ? Les étapes



1. Vérifier l'inscription au cadastre et le statut du site


Le cadastre cantonal indique si la parcelle est inscrite et comment le site est classé : pas d'atteinte nuisible à attendre, investigation nécessaire, besoin de surveillance ou d'assainissement. Vérifiez la date de la dernière mise à jour : une évaluation récente évite de refaire des investigations. Les sites sont de trois types : sites de stockage (décharges), aires d'exploitation (ancienne usine, zone industrielle, stand de tir) et lieux d'accident. Pour voir comment consulter ces informations, lisez notre article comment savoir si mon terrain est pollué.



2. Réaliser l'évaluation préalable du site


Si le site n'a jamais été étudié, une investigation historique reconstitue les activités passées, l'origine de la pollution et les substances polluantes probables, en croisant archives, photos aériennes et informations des anciens exploitants. Elle sert de base à l'investigation technique : sondages dans l'emprise du projet, analyses des matériaux, prélèvements d'eaux souterraines et, sur une ancienne décharge, mesures des gaz du sol. Ensemble, elles forment l'investigation préalable prévue par l'OSites. Si des incertitudes demeurent, une investigation de détail, souvent couplée à une investigation de surveillance de la nappe, précise l'extension de la pollution et son impact sur l'eau de la nappe.



3. Rédiger l'étude art. 3 OSites


Ce rapport répond à trois questions, en s'appuyant sur l'investigation préalable :

  • le site nécessite-t-il un assainissement en l'état ?

  • les travaux risquent-ils d'en créer le besoin, par exemple en mobilisant des polluants vers la nappe ?

  • le bâtiment compromet-il un assainissement futur ?

Il comprend aussi un plan de gestion des matériaux, qui estime les volumes de terres excavées par classe selon l'OLED, et les mesures de protection prévues pendant le chantier. Plusieurs cantons publient un canevas ou un formulaire type : celui de la Direction générale de l'environnement du canton de Vaud, mis à jour en juin 2026, sert de modèle à de nombreux bureaux dans le canton de Vaud et au-delà.



4. Déposer le dossier d'autorisation


L'étude est jointe au dossier, avec le plan d'élimination des déchets de chantier exigé dès 200 m³ (OLED). Le service cantonal émet un préavis, souvent assorti d'exigences : présence d'un spécialiste lors des excavations, analyses de contrôle, mise en place d'une gestion des eaux de chantier.



5. Assurer le suivi des travaux


Pendant les travaux, un suivi environnemental de réalisation (SER) contrôle le tri des matériaux, la traçabilité des déchets et le respect des conditions du permis. Un rapport final documente ce qui a été excavé et éliminé. Si toute la pollution a été retirée, le canton peut radier le site, qui n'est alors plus inscrit : le bien prend de la valeur.



Quel service contacter selon votre canton ?

Canton

Service compétent

À savoir

Vaud

DGE, division Géologie, sols et déchets

Canevas cantonal à suivre, préavis via la plateforme CAMAC

Genève

Service de géologie, sols et déchets (GESDEC)

Exigences spécifiques pour les matériaux d'excavation

Fribourg

Service de l'environnement (SEn)

Le canton de Fribourg attend un dossier complet dès le dépôt

Neuchâtel

Service de l'énergie et de l'environnement (SENE)

Le canton de Neuchâtel émet son préavis dans le cadre de l'autorisation

Valais

Service de l'environnement (SEN)

Attention aux nombreux stands de tir et anciennes décharges communales

Mini-pelle creusant une tranchée en zone urbaine pour poser une cuve enterrée, exemple de terrassement soumis à l'art. 3 OSites sur un site pollué


Quels sont les risques de pollution ?


Des travaux sur un site contaminé ou simplement pollué peuvent provoquer des atteintes nouvelles. L'évaluation des risques porte sur quatre points :


  • la mobilisation de substances nuisibles vers les eaux souterraines et l'eau potable, quand une fouille, un rabattement de nappe ou des fondations profondes ouvrent un chemin aux polluants ;

  • l'atteinte aux eaux de surface, si des eaux de chantier chargées sont rejetées sans traitement ;

  • les gaz du sol et l'air intérieur, notamment le méthane et le CO₂ d'une ancienne décharge ou les vapeurs de solvants, qui peuvent s'accumuler dans un bâtiment ;

  • la santé des ouvriers et des futurs occupants, exposés par contact direct, poussières ou inhalation.


Un impact environnemental mal anticipé se paie cher : arrêt des travaux, mesures d'urgence, voire obligation d'assainir l'ensemble du site. Les PFAS illustrent également ce risque : issus notamment des mousses anti-incendie, ils sont aujourd'hui recherchés systématiquement sur une ancienne place d'exercice des pompiers, car ils migrent facilement vers l'eau souterraine et leur origine n'est pas toujours documentée.



Construire sur une ancienne décharge : le cas le plus délicat


Une ancienne décharge cumule les contraintes : tassements différentiels, production de gaz, lixiviats et hétérogénéité des matériaux. Les fondations sur pieux doivent éviter de percer la couche qui protège la nappe, et les sous-sols exigent souvent une étanchéité et une ventilation renforcées. C'est un domaine où l'expérience du bureau d'études fait la différence.



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Techniques de construction et matériaux sur un site pollué


Il n'existe pas de « matériau spécial site pollué », mais des choix de conception qui limitent les volumes à excaver et protègent le bâtiment. Ils sont à discuter dès l'avant-projet, car la procédure d'autorisation les examine :

Technique

Intérêt

Limiter les sous-sols ou surélever le bâtiment

Moins de terres polluées à excaver et à éliminer

Radier étanche, membrane anti-gaz, vide sanitaire ventilé

Protège le bâtiment des gaz du sol et des vapeurs

Confinement sous enrobé ou dalle

Supprime le contact direct avec les sols pollués en surface

Réutilisation sur place de matériaux peu pollués

Réduit les transports et le traitement des déchets, avec l'accord de l'autorité

Remblais en matériaux recyclés contrôlés

Solution écologique, à condition de ne pas introduire de nouvelle pollution

Sur un terrain pollué, les matériaux recyclés restent admis, mais leur qualité doit être documentée pour ne pas ajouter de substances au site. Les déchets de chantier eux-mêmes doivent être triés à la source selon le plan d'élimination, ce qui facilite le traitement des déchets et réduit la facture.




Combien coûte un projet de construction sur un site pollué ?


Le coût dépend surtout de l'état des connaissances sur le site, du diagnostic déjà disponible et de l'ampleur des excavations. Les postes à budgéter sont :


  • les investigations et le rapport de conformité (historique si nécessaire, technique, synthèse) ;

  • l'élimination des terres excavées, souvent le poste principal : l'écart de prix entre des matériaux non pollués valorisables et des matériaux à traiter est important ;

  • les mesures constructives (étanchéité, ventilation, confinement) ;

  • le suivi des travaux et les analyses de contrôle.


L'évaluation des surcoûts doit intervenir avant l'achat du terrain ou, au plus tard, avant l'appel d'offres. Un diagnostic de pollution des sols réalisé tôt permet d'adapter les plans pour réduire les volumes excavés.


Qui paie ? Le maître d'ouvrage finance les études et les surcoûts liés à sa construction. Si le site nécessite un assainissement du site, le principe du pollueur-payeur s'applique (art. 32d LPE). Dans certains cas, une partie des surcoûts d'élimination peut être réclamée aux responsables de la pollution (art. 32bis LPE), sous réserve de critères stricts. Vérifiez ce point avec votre conseil juridique.




Un projet sur un site pollué en Suisse romande ?


PERLéman accompagne les promoteurs, architectes et communes de Suisse romande sur la gestion des sites pollués : rapports de conformité, investigations, plans d'élimination et suivi de chantier. Envoyez-nous le numéro de parcelle et vos plans : nous vérifions le statut du site au cadastre et vous indiquons, sans engagement, les prestations nécessaires et les points de vigilance. Nos interventions couvrent toute la Suisse romande : cantons de Vaud, Genève, Fribourg, Neuchâtel et du Valais. Chaque demande reçoit une réponse sous 24 heures, avec la référence des textes de loi applicables.



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FAQ : construire sur un site pollué


Peut-on obtenir un permis de construire sur un site contaminé ?

Oui, mais seulement si le site est assaini avant ou pendant les travaux, ou si le bâtiment n'entrave pas de manière considérable l'assainissement ultérieur. Le projet d'assainissement doit alors être approuvé par l'autorité cantonale.

Dès que les travaux touchent le sous-sol d'un site inscrit au cadastre, l'autorité peut l'exiger. Une transformation intérieure sans excavation n'est en général pas concernée. En cas de doute, renseignez-vous auprès du service de l'environnement de votre canton avant tout dépôt.

Comptez quelques semaines pour une étude sur un site déjà investigué, et plusieurs mois si une investigation complète avec suivi des eaux souterraines est nécessaire. Intégrez ce délai au planning de l'autorisation.

En cas de besoin de surveillance et d'assainissement non encore tranché, l'autorité peut exiger des investigations complémentaires. En cas de surveillance, des contrôles réguliers, souvent des eaux souterraines, restent à la charge du détenteur et la construction ne doit pas les empêcher. En cas d'assainissement, les mesures doivent être réalisées avant ou pendant les travaux, selon un projet approuvé.



 
 
 

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