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Pollution en montagne : comprendre les enjeux… et agir jusque dans le sol

  • Photo du rédacteur: mdonnini6
    mdonnini6
  • 27 juin
  • 4 min de lecture
Pollution à la montagne

Des sommets pyrénéens aux pentes alpines, la montagne a longtemps été perçue comme un sanctuaire préservé. Pourtant, derrière la carte postale, la haute altitude subit de multiples pressions : activités touristiques croissantes, vestiges industriels, trafic routier, dépôts atmosphériques… Résultat : la qualité de l’air, des eaux et des sols montagnards se dégrade, parfois de façon invisible. Cet article dresse un panorama des pollutions en montagne, décrit leurs conséquences écologiques et sanitaires, puis explique pourquoi un diagnostic de pollution des sols constitue un outil décisif pour les collectivités, les gestionnaires de refuges ou les porteurs de projets d’aménagement.



1. Des sources de pollution plus nombreuses qu’on ne l’imagine


Stations et activités de loisirs


  • Hiver : enneigement artificiel (additifs chimiques), exploitation des pistes (machines, lubrifiants), circulation intensive d’engins de damage.

  • Été : VTT de descente, trail, via ferrata ou remontées mécaniques ouvertes à la randonnée ; autant d’activités générant érosion, hydrocarbures et micro-plastiques.


Trafic et infrastructures


Routes de cols, parkings, tunnels, camions de ravitaillement : le transport apporte métaux lourds (plomb, zinc, cuivre) et particules fines, qui s’accumulent dans les sols du bord de chaussée, entraînés ensuite par le ruissellement.


Historiques miniers ou militaires


Anciennes mines de fer, arsenic et plomb, dépôts de munitions, polygones de tir : dans plusieurs vallées, les haldes contiennent encore arsenic, cadmium ou résidus explosifs susceptibles de migrer vers l’aval.


Pollution atmosphérique longue distance


À plus de 2 000 m, les vents transportent suies, nitrates, voire pesticides agricoles. Les neiges de fin de saison révèlent parfois des teneurs en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) proches de celles relevées en milieu urbain.



2. Impacts écologiques et sanitaires en altitude

Milieu touché

Effets observés

Conséquences

Sol alpin

Acidification, baisse du pH ; accumulation de métaux lourds.

Altération de la micro-faune, ralentissement de la décomposition de la litière, perte de fertilité des pelouses alpines.

Rivières et torrents

Pics de zinc ou de nickel après pluies intenses ; colmatage par particules fines.

Risques pour la truite fario et les invertébrés aquatiques, moindre auto-épuration.

Nappes phréatiques perchées

Infiltration d’hydrocarbures (stockage fioul obsolète dans refuges, câbles hydrauliques endommagés).

Potentiel dépassement des normes de potabilité pour les captages villageois.

Neige & glaces

Dépôt de suies noires (black carbon) : abaisse l’albédo.

Fonte accélérée du manteau neigeux, donc aggravation du réchauffement local.


3. Pourquoi un diagnostic de pollution des sols en montagne ?


Contrairement à la plaine, les opérations de construction ou de réhabilitation d’un refuge, d’une retenue collinaire ou d’un sentier nécessitent une approche fine : relief accidenté, sols minces, accès héliporté… Un diagnostic pollution des sols permet :

  1. De sécuriser le futur chantier : localisation d’anciens dépôts de gasoil, de câbles au PCB, ou de plomb de tir qui pourraient générer des déchets dangereux lors du terrassement.

  2. D’éviter la contamination des eaux : en identifiant les zones de percolation rapide (éboulis, karst), on prévient les fuites vers les sources captées.

  3. D’apporter une garantie réglementaire : si la parcelle est classée dans un cadastre cantonal (en Suisse) ou un SIS (en France), le rapport rassure les investisseurs et accélère les autorisations.

  4. D’orienter la gestion des matériaux excavés : terre végétale valorisable vers les pistes, versus gravats souillés à évacuer par benne fermée.


👉 Pour comprendre la méthodologie employée (historique, forages, analyses en laboratoire), consultez la page diagnostic pollution des sols.


4. Processus type d’une étude de pollution en site montagnard


  1. Investigation historique : dépouillement cartes IGN, archives minières, rapports du Club Alpin, photos aériennes (1950-1980).

  2. Reconnaissance terrain : mesure de la nappe perchée via piézomètres portables, repérage visuel d’irisations ou de coulées rouges indiquant oxydes de fer.

  3. Sondages manuels ou carottages motorisés (diamètre réduit, limitant l’impact) : jusqu’à la roche mère.

  4. Analyses ciblées : métaux (As, Pb, Cd, Zn), HAP, BTEX, PFAS si zone de secours héliporté.

  5. Modélisation de transfert : prise en compte de la pente (>40 %), de la perméabilité et de la fonte nivale.

  6. Plan de gestion : recommandations de terrassement sélectif, zones de stockage temporaire sous géotextile, choix d’un exutoire contrôlé pour eaux de purge.



5. Bonnes pratiques pour limiter les pollutions lors des travaux


  • Carburants : privilégier stations mobiles double paroi, cuves équipées de bacs de rétention et alarmes de niveau.

  • Équipements : utiliser graisses biodégradables sur dameuses et pelleteuses compactes.

  • Eaux de chantier : installer décanteur + sac géotextile pour filtration avant rejet au milieu naturel.

  • Réemploi de matériaux : la terre végétale extraite peut régénérer les abords de refuge, si < 300 mg/kg de plomb et sans hydrocarbures > 500 mg/kg.

  • Formation : sensibiliser bénévoles et guides aux gestes anti-pollution : tri poussé, vidange batteries hors site, « Leave No Trace ».



6. Vers une montagne exemplaire : pistes d’action collective


  • Cartographier les anciens sites à risque, avec participation des clubs alpins, communes et services géologiques.

  • Programmer des diagnostics préventifs sur les refuges alimentés en fioul ou proches d’anciennes zones militaires.

  • Développer des labels (ex. « Refuge Zéro Fuite ») liant efficacité énergétique, bilans carbone et absence de pollution diffuse.

  • Valoriser la science participative : kits de prélèvement simplifiés confiés aux gardiens ou aux clubs rando pour alerter dès détection d’odeur d’hydrocarbures ou d’eau ferrugineuse anormale.

  • Financer la dépollution via les contrats de territoire, mécénat outdoor ou redevances des domaines skiables.



Conclusion


La montagne n’échappe plus aux logiques de pollution : anciennes activités minières, loisirs intensifs, pressions climatiques… Diagnostiquer la pollution des sols et des eaux devient donc l’affaire de tous : communes, exploitants de stations, associations et pratiquants. En s’appuyant sur des études environnementales rigoureuses, il est possible d’anticiper les risques, de protéger la faune alpine et de garantir la sécurité des usagers. Préserver l’esprit de nos sommets, c’est aussi regarder sous nos pieds et mesurer l’empreinte invisible que nous laissons dans ces territoires d’altitude.

 
 
 

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